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Au Royaume-Uni, GDF Suez surfe sur la privatisation des services publics

Le 10 mars 2015

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Face à une demande accrue d’offres de services globaux des villes britanniques, la branche énergies services de GDF Suez s’ouvre à des métiers de plus en plus variés comme l’aménagement, l’administration et même la sécurité.


Au Royaume-Uni, GDF Suez surfe sur la privatisation des services publics

Partie 1 Au Royaume-Uni, GDF Suez surfe sur la privatisation des services publics

En haut de la plus grande tour d’Europe, la Shard Tower à Londres, Isabelle Kocher, directrice générale déléguée de GDF Suez, écoute attentivement les explications de ses équipes en charge de la gestion de l’immense gratte-ciel de 380 mètres. La grande patronne est en tournée d’affaires dans le pays pour valoriser tous les métiers du groupe. "Le Royaume-Uni est un pays qui nous intéresse beaucoup car il est avant-gardiste en matière de transition énergétique. C’est un laboratoire pour nous et pour le monde entier", affirme la future présidente de GDF Suez.


L’Albion a été innovante dans de nombreux domaines énergétiques comme le financement des énergies renouvelables, la construction du nouveau nucléaire ou la fixation des prix du carbone… Mais c’est dans les services à l’énergie que le pays se montre le plus iconoclaste. "Le Royaume-Uni est l’illustration de ce que l’on veut faire partout. Notre métier change, nous étions fournisseurs d’électricité et de gaz, mais aujourd’hui deux tiers de nos équipes travaillent sur l’efficacité énergétique !", explique Isabelle Kocher.


Des fonctions énergétiques aux fonctions supports


A en croire Wilfrid Petrie, PDG de Cofely UK, filiale efficacité énergétique de GDF Suez, la compagnie doit peu à peu offrir des compétences nouvelles en informatique, en logistique et même en administration… Cette évolution est nécessaire pour répondre aux appels d’offres publics du pays. Depuis le début des années 2000 au Royaume-Uni, beaucoup d’acteurs économiques se sont engagés dans une rapide externalisation de leurs services. Ainsi, dans les 1400 bâtiments du gouvernement gérés par Cofely, la société assure l’optimisation énergétique, gère les réseaux de chaud et de froid mais aussi des services complémentaires comme la gestion du courrier, les achats ou la reprographie. De même, dans les 20 hôpitaux dont Cofely a la charge, le groupe assure par exemple l’approvisionnement en médicaments. "Nous intégrons de plus en plus à nos métiers des fonctions supports",  assure Wilfrid Petrie.


Cette diversification des métiers va encore plus loin quand Cofely passe des contrats à l’échelle de municipalités. Les villes anglaises sont soumises à trois contraintes. D’une part, le gouvernement va diminuer les aides de 37 % aux municipalités en 2016. D’autre part, l’Etat souhaite accroître l’autonomie des villes et des régions. Enfin, une forte pression est mise pour digitaliser les services de l’Etat. En conséquence, les villes cherchent à externaliser certaines de leurs fonctions. Ce qui est une forte opportunité pour de nombreux acteurs comme GDF Suez, mais aussi des acteurs de la construction, de la restauration ou des services d’entretien…


Des villes qui externalisent


L’exemple est frappant sur le site du Village des jeux Olympiques de 2012 à Londres. Sur place, on trouve encore la piscine olympique, le vélodrome flambant neuf ou le terrain de Handball… mais les 42 000 athlètes et journalistes ont désormais laissé la place à 40 000 habitants. Ils emménagent peu à peu dans ce quartier qui était encore une friche industrielle il y a dix ans. Cofely est concessionnaire du site pour 40 ans, un contrat qui lui rapporte 30 millions par an. La filiale de GDF Suez a bâti une centrale à gaz et un de réseau de chaud et de froid pour répondre aux besoins énergétiques. Mais ses fonctions s’étendent bien au-delà. Le groupe de services énergétiques se retrouve en plus en charge de l’aménagement des parcs, de l’entretien des routes, des 13 kilomètres de canaux… et même de la sécurité ! La société est responsable de la vidéosurveillance, ce qui permet à la police de ne plus avoir à effectuer de patrouilles. "On gère plein de choses, dont l’énergie", s’amuse Wilfrid Pitrie.


Dans le Cheshire West & Chester dans le Yorkshire (Cheshire), Cofely a même créé avec le district une joint-venture (51/49). Cet accord de 200 millions de livres sur 10 ans a pour but de développer tout un système informatique adapté au besoin de la ville et des administrés. Mais aussi de déléguer à la joint-venture une partie de la gestation administrative de la ville. Par exemple, c’est Cofely qui instruit tous les permis de construire. Les officiers d’Etat civil ont juste à signer la décision finale.


La France dans cette mutation ?


"L’Angleterre est un cas unique et récent", explique Wilfried Pétrie. "Le pays est capable de déléguer beaucoup de ses fonctions, à part les charges régaliennes, à des sociétés privées", prévoit Jérôme Tolot, directeur général adjoint de GDF Suez en charge de la branche énergie services. Difficile d’imaginer de telles démarches ailleurs, en France en particulier… Pourtant, chez Cofely, on n’imagine pas le pays-mère faire l’impasse sur cette mutation : "Je ne vois pas comment la France pourra réduire ses dépenses publiques sans revoir les comités de fonctionnement de ses villes. Il est grand temps qu’elles procèdent à un mouvement de digitalisation des services publics. Par ailleurs, il y a un fort cloisonnement des services techniques, qui gagneraient à s’ouvrir !", assure Wilfrid Pétrie. Reste à savoir si le public acceptera de déléguer la gestion technico-administrative des villes à des sociétés privées.


Source : www.usinenouvelle.com


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