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E.ON, GDF Suez, EDF : à chacun sa révolution

Le 22 décembre 2014

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Pour se sortir de la crise, le numéro un allemand de l'énergie, E.ON, a pris un virage stratégique radical, en scindant en deux ses activités. Les géants français, GDF Suez et EDF, pourront-ils échapper à un bouleversement similaire ?


E.ON, GDF Suez, EDF : à chacun sa révolution

Partie 1 E.ON, GDF Suez, EDF : à chacun sa révolution

En annonçant il y a deux semaines qu'il scindait en deux ses activités pour tenter de se sortir de la crise, l'énergéticien allemand E.ON a frappé les esprits et implicitement renvoyé ses concurrents à l'examen de leur propre stratégie. Celle affichée par E.ON est en effet radicale : regrouper ses actifs conventionnels - notamment les centrales nucléaires, au gaz et au charbon - au sein d'une entité cotée séparément, pour se recentrer sur un futur E.ON basé sur les énergies renouvelables, les réseaux et les services énergétiques. E.ON a été pénalisé par la décision de l'Allemagne de sortir du nucléaire, mais aussi par des facteurs communs à tous les énergéticiens européens : la baisse de la demande d'énergie, la concurrence des renouvelables et du charbon bon marché, la volatilité des prix de l'électricité. Les deux géants français de l'énergie, GDF Suez et EDF, pourront-ils échapper à une révolution similaire ?


Confronté à cet environnement difficile, GDF Suez a déjà annoncé des mesures radicales au début de l'année : le groupe, présidé par Gérard Mestrallet, a décidé de déprécier d'un coup de 14,9 milliards d'euros ses centrales thermiques et ses sites de stockage en Europe, provoquant une perte nette spectaculaire de 9,7 milliards d'euros dans ses comptes 2013. Pour le PDG, il s'agissait de « déprécier le monde ancien » afin de se concentrer sur la transition énergétique en Europe (renouvelables et services à l'énergie) et sur le développement dans les pays à forte croissance. Une stratégie à deux vitesses qui pourrait, selon certains analystes, être poussée plus loin. « GDF Suez gagnerait sans doute à donner le choix aux investisseurs entre plusieurs véhicules cotés, reflétant différents profils de risque (revenus stables car régulés, croissance sur les marchés émergents, marchés libres de l'énergie), à l'instar de ce qu'E.ON essaie de faire », estime Michel Debs, analyste chez Credit Suisse. Il n'en est toutefois pas question à ce stade. « Nous avons des activités et des projets de production d'électricité thermiques et renouvelables partout dans le monde, il y a une vraie logique à rester intégré », dit-on au sein du groupe. GDF Suez est en outre moins dans l'urgence qu'E.ON : Cofely, sa filiale spécialisée dans les services, affiche déjà 15 milliards d'euros de chiffre d'affaires. Depuis le rachat d'International Power, il a aussi de solides positions à l'international : 55 % de l'électricité qu'il produit l'est déjà hors d'Europe. « Le groupe n'a pas attendu pour construire sa stratégie, il est crédible à l'étranger et a une vraie histoire à raconter », analyse Arnaud Leroi, associé chez Bain & Company.


EDF, de son côté, est protégé par le quasi-monopole qu'il détient tant sur la production que sur la distribution d'électricité et par les tarifs réglementés par l'Etat. « Il y a une exception française, parce que nous sommes sur un modèle dit "cost plus" : on prend les coûts, on les empile et on rajoute une marge. Donc il n'y a pas vraiment de problème », juge un expert du secteur. Le parc de production d'EDF est certain d'être utilisé : après le solaire et l'éolien, dont la production bénéficie d'une obligation d'achat et dont le coût de production marginal est quasi nul, le parc nucléaire et les centrales hydroélectriques, qui font l'essentiel de ses moyens de production, affichent les coûts les plus compétitifs. « Il y aura une révision de la stratégie, si on entre dans l'ère du consommateur-producteur ou des microréseaux, mais cela semble peu probable en France à un horizon de dix ou quinze ans », estime Michel Debs.


EDF se débat toutefois dans les injonctions contradictoires d'un Etat protéiforme : fournir une électricité la moins chère possible - quitte à subir un déficit tarifaire -, investir, embaucher et maximiser le dividende… le tout en respectant les directives européennes sur la libéralisation des marchés et avec désormais une contrainte supplémentaire : réduire de 75 % à 50 % la part du nucléaire dans la production d'électricité à l'horizon 2025. Avec la fin des tarifs réglementés des professionnels dans un an, EDF pourrait en outre perdre des parts de marché. Et le nouveau mode de calcul des tarifs pour les particuliers repose davantage sur les prix de marché, un facteur baissier qui pèse sur la rentabilité d'EDF. « La France est suffisamment sous pression pour se poser des questions, mais pas assez pour trouver des réponses. Il faudra peut-être qu'EDF coupe ses investissements pour que des choses se passent », estime un analyste.


Pour parer à la crise du secteur, les deux groupes français tentent en parallèle de réduire leur exposition aux risques de marché. Dans le consortium qui doit construire deux EPR en Grande-Bretagne, EDF prévoit de limiter son investissement à 45 ou 50 %, pour ne pas le consolider dans ses comptes. Idem avec Amundi pour développer les énergies renouvelables. GDF Suez a de même invité des partenaires dans des projets au Canada, au Brésil, en Australie ou dans les renouvelables en France, pour les déconsolider et réduire sa dette. Les énergéticiens sont aussi en quête de revenus garantis : en Grande-Bretagne, EDF a négocié un prix garanti pour l'électricité qu'il produira pendant trente-cinq ans, ce qui lui assurera une rentabilité prédéfinie sur le modèle d'une quasi-infrastructure. L'investissement de GDF Suez et d'EDF dans l'éolien en mer, qui bénéficie d'obligations d'achat, permet aussi d'engranger des revenus fixes sur la longue durée. Enfin, et même si GDF Suez est plus avancé qu'EDF dans ce domaine, la diversification dans les services leur permet d'afficher un autre profil de risque, avec une activité certes moins rentable mais surtout moins gourmande en capitaux que le reste de leur portefeuille.


Source : www.lesechos.fr


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