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Le marché de la déshydratation des boues en plein développement

Le 24 septembre 2012

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Depuis quelques années, les machines de déshydratation des boues sont de plus en plus employées, en raison d’une réglementation stricte sur leur traitement et leur recyclage.


Le marché de la déshydratation des boues en plein développement

Partie 1 Le marché de la déshydratation des boues en plein développement

Jean-Philippe Hecq, gérant de la société ATR Créations spécialisée dans la fabrication de machines à déshydrater les boues, le concède aisément : « Aujourd’hui, c’est une niche dans laquelle il y a des axes de développement et des potentiels à exploiter ». Fournisseur de ces engins très spécifiques, l’entreprise française est en concurrence dans une branche en fort développement. C’est le cas de Simon Moos, SARL française, filiale du groupe Simon Moos Maskinfabrik existant depuis 35 ans au Danemark. « C’est un marché très porteur et en plein développement », analyse Michel Galard, gérant de l’entreprise. Cette année, l’entreprise a vendu quelques 21 unités mobiles de déshydratation de boue et quatre seront livrées d’ici à la fin 2012. « La France découvre ces engins depuis cinq ans », souligne-t-il. Avec des salons très porteurs comme Pollutec à Lyon, l’entreprise compte bien se tailler une part de ce marché, d’autant que « de plus en plus de stations d’épuration ne veulent plus voir d’hydrocureurs vider leur boue chez eux ».


Le marché actuel est organisé sur des unités mobiles capables de se mouvoir de chantier en chantier, de curer des réseaux, tout en permettant la déshydratation et le stockage des boues. La majeure partie de ces engins fonctionnent d’une manière semblable. Chaque engin pompe l’eau boueuse. Une eau bien souvent très peu chargée de matière lourde. « Il y a besoin de coaguler, de floculer », explique Jean-Philippe Hecq. Les constructeurs utilisent des polymères, des additifs chimiques, nécessaires pour préparer les boues à la déshydratation. Cela crée des « flocs ». Cette première étape est suivie d’un épaississement de cette boue peu chargée. Avec un moindre coût d’énergie, deux techniques sont utilisées avec un décanteur lamellaire ou un égouttage. Cela permet de recueillir une première fois de l’eau relativement propre et de la réutiliser dans le réseau. La déshydratation est la dernière étape du processus. « Là, nous allons amener un effort mécanique pour presser la boue », poursuit-il. Les boues sont alors évacuées d’un côté et l’eau chargée en particule de l’autre. Cette eau est soit ramenée en tête de station d’épuration, s’il s’agit de curer un réseau, soit recyclée sur un décanteur. Lors de ce processus final de déshydratation, trois types de mécaniques peuvent être mises en œuvre. Chaque constructeur choisit de faire usage d’une technique différente, préférant, pour les uns, les filtres à bande, pour les autres, les centrifugeuses, pour d'autres encore les filtres à plateau.


La société Solétanche-Bachy, constructeur de bâtiments, mais aussi de microtunnels et donc spécialiste du forage, exploite des engins de déshydratation sur les chantiers de travaux publics dans lesquels sont employées des hydrofraises. La France n'en compte que deux qui sont accompagnées de machines destinées à déshydrater les boues. Ces engins de chantier sont fabriqués au sein même de l’entreprise car aucun appareil ne correspondait aux demandes de l’entreprise de travaux publics. Les boues y sont déshydratées par des centrifugeuses et sont ensuite placées dans des conteneurs. Le stockage total des boues de l’entreprise s’élève à 600 000 m3. Si ces engins secondent les hydrofraises, cela est dû à la réglementation française. Elle oblige les entreprises de travaux publics à ne plus mettre en décharge les boues, mais à recycler, que cela soit via l’épandage de boue dans l’agriculture ou, dans le cas des stations d’épuration, à placer des unités de méthanisation au bout de la chaîne pour créer du biogaz.


Toutefois, ces machines de déshydratation sont majoritairement employées dans le traitement des réseaux d’assainissement, qu’il s’agisse de réseaux individuels ou collectifs. Elles peuvent même servir de relais lorsque certaines stations d’épuration de petite taille voient leur système de déshydratation tomber en panne. Ainsi, la Lyonnaise des Eaux utilise en Normandie une unité de déshydratation mobile pouvant traiter jusqu’à 210 m3 de boue à déshydrater dans les stations d’épuration de moins de 5 000 équivalent habitants. Pour cette raison, la société Simon Moos a créé des véhicules de plus en plus importants qui équipent des syndicats des eaux ou d’autres collectivités. L’un de ces camions pèse 26 tonnes et peut être employé à plusieurs reprises en une seule journée pour curer des stations d’épuration ou, dans le cas d’assainissement non-collectif, de vider des bacs de dégraissage ou des fosses sceptiques. ATR Créations, qui fournit des entreprises telles que Véolia, a pensé ses machines pour parer aux problèmes d’un parc de stations d’épuration vieillissant. « Il y a un problème de réinvestissement. Certaines unités fixes de déshydratation ne tournent que deux ou trois fois par semaine. La solution d’une unité mobile, pouvant fonctionner sur cinq ou six sites, permet d’établir une logique de réduction de l’investissement », précise Jean-François Hecq.


Mais les industriels se penchent aujourd’hui sur la question des boues et utilisent de plus en plus la déshydratation dans certains process. C’est le cas de l’industrie agro-alimentaire, de la papèterie, des industries chimiques ou pharmaceutiques. Dans ces cas-là, « ils vont faire appel à des prestataires de service qui vont traiter les boues de leur client », explique Jean-Philippe Hecq, le dirigeant d’ATR Créations. Ce marché utilise occasionnellement les engins de déshydratation de boue. Le gérant de la PME se pose la question de l’ouverture d’un marché de location, presque inexistant aujourd’hui. « Pour l’industrie, cela leur permet de savoir si le processus de déshydratation est adapté à leur besoin », affirme-t-il en ajoutant : « Cette étape intermédiaire nous est de plus en plus demandée ». Toutefois, constructeur, industriel et prestataire de service se doivent de trouver un juste milieu pour faire en sorte que ce système bénéficie à toutes les parties.


Mathieu Liénard


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