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« Les techniques sans tranchées sont un bénéfice fort pour les collectivités »

Le 10 juin 2013

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Patrice Dupont est le président de la France Sans Tranchées Technologies. Née en 1990, la FSTT œuvre pour faire connaître et mieux utiliser les techniques de chantier sans tranchées.


« Les techniques sans tranchées sont un bénéfice fort pour les collectivités »

Partie 1 Interview de Patrice Dupont

Pouvez-vous nous dire en quoi consistent les techniques sans tranchées ?


C’est une invention qui date d’une bonne vingtaine d’années. Nous nous sommes lancés bien après les anglo-saxons et les japonais. Elles apportent une réponse aux gênes causées par les tranchées sur la vie citadine. Ce sont des techniques moins intrusives et beaucoup moins pénalisantes. Elles consistent à ouvrir un puits vertical dans lequel on fait pénétrer une machine pour ressortir par un autre puits. Un tube horizontal est construit entre les deux.


Quelles sont les machines utilisées dans ces techniques ?


Les machines sont de plusieurs ordres. Un tunnel peut être construit  par un micro-tunnelier. Ces machines ont creusé le tunnel sous la Manche, mais elles sont en version plus petites, environ 200 mm. A la FSTT, nous considérons qu’une machine est un micro-tunnelier quand il n’est pas habité. Ces engins sont pilotés depuis la surface et il y a un homme dans le fond du puits pour guider les câbles. Une perceuse tourne lentement  et vient abattre le sol. Quant au déblai, il va être transporté par marinage hydraulique. Une fois ramené en surface, ces remblais deviennent des déchets et l’eau du marinage est réinjectée dans la machine. Juste derrière la machine, nous mettons des tuyaux. Ces tuyaux, qui poussent le micro-tunnelier, serviront à étayer le tunnel.
Cette machine est la plus connue du public. Il existe aussi le forage dirigé. C’est une perceuse au bout de laquelle on met un flexible. On y accroche un axe qu’on peut rallonger au fur et à mesure. La machine va repousser les déblais sur le côté. Elle est guidée depuis la surface et va ressortir 150 m plus loin. C’est surtout utilisé pour les conduites de gaz, d’eau potable ou pour passer de la fibre optique. Le seul inconvénient est que nous ne sommes pas tout à fait sûrs que l’ensemble de l’ouvrage sera au même niveau.
Nous héritons aussi d’ouvrages construits depuis très longtemps. Ils sont entretenus en les réparant de l’intérieur avec du chemisage ou du béton projeté. C’est aussi du sans tranchées.


Quels avantages offrent ces techniques ?


Lors de leur apparition en 1990, les élus étaient très soucieux d’épargner la vie urbaine. Les chantiers avec des tranchées perturbaient beaucoup la vie des rues commerçantes. La vertu majeure est aussi d’épargner les ressources naturelles. Quand on fait une tranchée, on peut rarement remettre le matériau qui a été enlevé. Au niveau de l’environnement, cela va être catastrophique. Avec les techniques sans tranchées, on a épargné les ressources naturelles et évité les camions. On en parle beaucoup depuis le début des années 2000. Les conditions de travail des ouvriers sont également épargnées puisqu’ils ne sont plus obligés d’aller dans les tunnels, lorsque ces derniers font moins de 1,60 m. Les micro-tunneliers et le forage dirigé sont des machines guidées depuis la surface.


Ces techniques sont-elles suffisamment utilisées de nos jours ? Quel est le rôle de la FSTT ?


Entre dix et vingt pour cent des chantiers sont réalisés sans tranchées. Ce n’est vraiment pas assez. Il y a des moments où ça ne passe pas parce  qu’il y a trop de concessionnaires par exemple. Le sans tranchées, ce n’est pas l’arme absolue. Mais il y a aussi des résistances fortes, notamment de la part des maîtres d’œuvre. Il y a aussi eu de l’inquiétude car les techniques sans tranchées ont connu quelques échecs difficiles. Dans un forage dirigé, le pilote ne voit pas ce qu’il y a devant la machine. Lorsqu’une tranchée est creusée, quand il y a un problème, on le voit tout de suite. Les entreprises sont frileuses, car elles doivent également former leurs équipes. Ce ne sont pas les mêmes hommes qui maîtrisent ces machines que ceux qui creusent avec une pelle et une pioche. Le niveau des ouvriers n’est pas du tout le même. Il faut aussi convaincre les élus à qui on fait croire que c’est très cher. Seuls les tuyaux sont un peu plus chers.
Lors d’un chantier avec une tranchée, on oublie tous les commerces perturbés. Il y a régulièrement des réclamations de la part de commerçants, sans compter les bouchons et le coût en pollution. Les techniques sans tranchées sont un bénéfice fort pour la collectivité.


Quel est le rôle de la FSTT dans la formation ?


La FSTT a été créée le 4 juillet 1990. Aujourd’hui, nous sommes capables, avec tous ses membres, de dispenser des formations. Nous sommes organismes de formation et nous assurons des sessions, par exemple, sur la meilleure manière de réaliser un chantier sans tranchées. Nous organisons des salons et, tous les ans, nous organisons des journées en province sur une grande ville. Au mois d’octobre, nous allons à Marseille. Nous y réunissons 200 à 250 personnes qui ont envie de se former. C’est le travail de la FSTT au quotidien.


Quels effets la nouvelle réglementation DT-DICT a sur les techniques sans tranchées ?


Des événements dramatiques, notamment un à Lyon et un à Bondy, ont perturbé l’environnement des travaux. Le gouvernement s’est emparé de cette question-là et il en est arrivé à la création de la fameuse réforme DT-DICT. Cette réforme indique que le propriétaire d’un réseau doit le connaître et le positionner. Elle dit aussi au client qu’il devra faire une enquête très précise pour connaître le positionnement des ouvrages dans le sol. Nous avons cru que cela gênerait les techniques sans tranchées, car pour réussir un chantier, il faut bien connaître le sous-sol. Cette obligation a rendu service aux techniques sans tranchées. Aujourd’hui, tout est très codifié, surtout concernant les réseaux sensibles comme le gaz et l’électricité. Les entreprises seront moins ignorantes des réseaux en sous-sol. Cela sera un plus pour les entreprises qui travaillent bien. Les élus sont désormais plus exigeants envers leur maître d’œuvre et la loi leur a donné un cadre plus sécurisant.


Mathieu Liénard


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