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EDF et E.ON : les électriciens doivent être vigilants face à Google

Le 08 juin 2015

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Face à la crise du secteur, l'énergéticien allemand E.ON a fait un choix radical : il mise sur les énergies renouvelables, les réseaux électriques et les services aux clients, et s'apprête à loger ses centrales électriques à gaz, au charbon et nucléaires dans une structure baptisée « Uniper ». Une stratégie opposée à celle d'EDF, qui défend son modèle actuel et envisage de reprendre des actifs d'Areva. Pour autant, les deux géants européens sont confrontés aux mêmes défis : chute des prix de gros de l'électricité, essor massif des renouvelables, arrivée de concurrents dont Google… Alors que son prédécesseur à la tête d'EDF, Henri Proglio, ne cherchait pas la proximité avec E.ON, allié historique d'Engie (ex-GDF Suez), Jean-Bernard Lévy fait cause commune avec son concurrent. A Berlin, les deux patrons livrent leurs réflexions aux « Echos » et au quotidien économique allemand « Handelsblatt ».


EDF et E.ON : les électriciens doivent être vigilants face à Google

Partie 1 Interview de Jean-Bernard Lévy et Johannes Teyssen

Jean-Bernard Lévy, E.ON va se scinder en deux. Cette stratégie peut-elle être un modèle pour d'autres groupes ?


J.-B. L. : Ce mouvement est suivi de près par l'ensemble du secteur, pour analyser la manière dont E.ON va évoluer, dans quelle mesure les actionnaires en profiteront et comment cela influencera le marché. En ce qui concerne EDF, la structure du groupe lui permet de bien se défendre dans des conditions de marché très difficiles et il conservera son modèle intégré.


Johannes Teyssen, pensez-vous faire des émules ?


J. T. : Cela nous importe peu ! Si nous avons raison, j'espère que les concurrents ne nous imiteront pas car nous conserverons ainsi le leadership. Si les résultats ne sont pas au rendez-vous, pourquoi suivraient-ils cette approche ? Je crois que chacun doit trouver ses propres réponses.


EDF veut croître dans les énergies renouvelables. Avez-vous un but précis ?


J.-B. L. : Nous avons lancé une revue stratégique, en cours de finalisation, qui dessine l'avenir d'EDF à l'horizon 2030. Nous nous préparons à un développement significatif des énergies renouvelables, particulièrement de l'éolien.


J. T. : Permettez-moi de « challenger » votre question. C'est une façon très traditionnelle pour un énergéticien de se définir en nombres de mégawatts, de kilomètres de ligne électrique ou de clients. Mais n'est-ce pas plus important de regarder quels actifs vous avez développés et portés à maturité ? L'agilité et la flexibilité sont aujourd'hui beaucoup plus importantes que ces chiffres.


E.ON se concentre sur les énergies vertes, les réseaux et les services. Ces activités sont-elles jugées intéressantes par les marchés ?


J. T. : Absolument. Regardez par exemple ce qui se passe dans les réseaux. Le prix du gestionnaire de réseaux suédois Fortum montre à quel point ce métier est attractif. Comme nous, les investisseurs voient bien qu'il s'agit d'une activité à risque faible et en croissance. En ce qui concerne les renouvelables, l'Agence internationale de l'énergie y anticipe la plus forte croissance dans les dix prochaines années. L'efficacité énergétique a aussi un avenir prometteur. Vous ne perdez pas votre argent dans ces métiers !


De nouveaux acteurs comme Tesla ou Google arrivent sur le marché de l'énergie. Cela vous fait-il peur ?


J.-B. L. : Nous devons être vigilants et surtout innover. Sinon, nous courrons le risque de devenir une commodité. Il s'agit d'une priorité majeure pour EDF. Je viens du monde des médias et des télécommunications, où, durant les quinze dernières années, toute la valeur additionnelle a été capturée par les entreprises dites « Gafa » (Google, Amazon, Facebook et Apple). Elles ont les plus grosses capitalisations boursières au monde tandis que les opérateurs d'infrastructures ont détruit une valeur impressionnante. C'est pourquoi nous investissons environ 600 millions d'euros par an dans la R&D et innovons dans les territoires avec des partenaires.


J. T. : Notre secteur industriel ne sera pas très différent des autres. Il sera numérique et tous les aspects du Big Data arrivent. Bien sûr, certains acteurs comme Google pourraient avoir un avantage de départ, mais la beauté de notre industrie est aussi sa complexité, et elle n'est pas facile à surmonter. Pour autant, nous avons un grand respect pour les challengers comme Google.


Voulez-vous coopérer avec eux ?


J. T. : Une caractéristique d'Internet est que vous avez plus de plateformes. Les clients ne veulent pas de solutions venant d'un seul vendeur. Donc les coopérations seront quelque chose de normal dans le futur. Je n'exclurais rien et ne crois pas non plus que vendre des services 100 % E.ON soit voué à un grand succès. Vous devez être ouverts. Dans le passé, les énergéticiens ont essentiellement misé sur la croissance et la taille. Cette époque est révolue. Nous n'avons pas besoin de posséder ni de contrôler mais d'être bon.


C'est vrai aussi pour EDF ?


J.-B. L. : Nous avons en effet la réputation de ne pas être très ouverts à des partenariats et nous devons changer cela. Mais nous sommes déjà actifs, par exemple dans les services. Un de mes projets est d'accélérer cette évolution d'une vision très holistique - avec l'idée de tout faire nous-mêmes - vers quelque chose de beaucoup plus entrepreneurial et basé sur les coopérations.


Votre prédécesseur à EDF a cédé EnBW mais voyait l'Allemagne comme un marché stratégique. Quel est votre point de vue  ?


J.-B. L. : Le groupe est guidé par deux objectifs stratégiques. Premièrement : les renouvelables. Deuxièmement : les régions du monde où l'environnement macroéconomique est porteur. A ce stade, l'Europe n'est pas une économie de croissance, notamment pour des raisons démographiques. Donc, à terme, au-delà de ses bases européennes, attendez-vous à ce qu'EDF se développe davantage dans les pays émergents, mais de façon sélective.


Source : www.lesechos.fr


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