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Afrique : Neodyss valorise le gaz perdu par l’industrie pétrolière

Le 13 octobre 2014

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Fondée par deux jeunes ingénieurs français passionnés par l’Afrique et son développement, la startup Neodyss veut changer le quotidien de milliers d’Africains en leur donnant accès au gaz perdu des torchères de l’industrie pétrolière.


Afrique : Neodyss valorise le gaz perdu par l’industrie pétrolière

Partie 1 Interview de Pierre-Alexandre Nicq, Président-fondateur de Neodyss

Cleantech Republic : Comment avez-vous eu l'idée de récupérer le gaz des torchères ?


Pierre-Alexandre Nicq : Mon associé, Amaury Celier, et moi-même travaillions en République Démocratique du Congo (RDC), dans la filière pétrolière, sur des projets environnementaux et de dépollution. Il suffisait d'ouvrir les yeux pour constater d'un côté l'immense gâchis de gaz brulé par les torchères et de l'autre, l'utilisation quotidienne du charbon de bois par la population (y compris des professionnels comme les restaurateurs). Les chiffres sont d'ailleurs éloquents : en Afrique 40 milliards de m3 de gaz sont gaspillés en torchage chaque année. Ce qui représente la moitié de la consommation énergétique de l'Europe ! Nous avons donc simplement cherché à connecter une offre avec une demande...


Techniquement, comment fonctionne le processus ?


Pour chacun de nos sites, un opérateur pétrolier nous fournit du méthane "brut" destiné au torchage. Notre petite unité de production (deux personnes) procède au traitement du gaz (ndlr : purification) puis à sa mise en bouteille dans de simples "blocs" de plongée sous-marine (à 200 bars de pression). Ils contiennent l'équivalent d'une à six semaines de consommation selon les usages des clients finaux. La technologie de compression est simple et éprouvée puisqu'il s'agit de celle utilisée dans les stations-services européennes pour recharger les véhicules roulant au gaz naturel (GNC).


Pourquoi les pétroliers ne faisaient pas appel à cette technologie ? Ils connaissent pourtant bien les enjeux de la distribution de gaz...


Essentiellement pour des raisons de rentabilité. Le gaz à usage domestique, généralement du propane ou du butane, est commercialisé sous forme liquide, à des pressions raisonnables et donc dans des bouteilles légères. Mais la liquéfaction du gaz demande des investissements élevés et présente des enjeux techniques de stockage et de transport. De plus, nous devons raisonner à l'échelle locale en cherchant des gisements de population proche des sites de compression pour compléter l'équation économique. Lorsqu'il n'est pas brulé dans les torchères, le gaz non exploité est généralement réinjecté en sous-sol pour augmenter la pression des gisements. Neodyss propose ainsi une solution complémentaire intéressante pour les exploitants pétroliers car elle leur permet non seulement de respecter la réglementation sur l'interdiction du torchage massif, de s'inscrire dans une démarche RSE (Responsabilité Sociale des Entreprises), mais surtout de créer un nouveau lien avec la population locale.


Quel est le modèle économique de ce type de projet ?


Une unité Neodyss est rentable au delà de 200 tonnes par an. Il faut néanmoins disposer d'un nombre de clients suffisant dans un rayon de 30 kilomètres autour du point de production pour que le coût du transport reste raisonnable. Pour le moment, notre modèle économique est simple : le pétrolier nous procure le gaz, et nous vendons des bouteilles pleines à des distributeurs locaux. Ces derniers desservent un réseau d'épiceries et s'occupent de la sensibilisation de la population ainsi que du système de "consigne" des bouteilles. Et cela fonctionne : d'ici fin 2015, nous visons 40 000 clients finaux avec deux sites.


Comment comptez-vous croître désormais ?


D'abord en accompagnant la demande sur nos unités de production, car il est très facile et peu onéreux d'ajouter une ligne de compression si nécessaire. Ensuite, en équipant d'autres sites, ce qui se fait en quelques mois pour chaque implantation. C'est à notre portée grâce au soutien financier de nos partenaires techniques européens. Nous souhaitons ainsi créer une dizaine d'unités de compression dans les trois prochaines années avec du méthane destiné au torchage, et même avec du biogaz.


L'enjeu prioritaire est donc d'élargir votre approvisionnement en gaz...


Tout à fait. A moyen terme, et comme la demande potentielle de gaz est très forte en Afrique alors qu'à l'évidence on ne trouve pas d'exploitation pétrolière à proximité de chaque ville, nous pensons pouvoir adresser un autre enjeu environnemental : le traitement des déchets organiques. En effet, si certains sites de traitement de déchets par méthanisation sont adossés à une station de production d'électricité, un grand nombre de villes disposent de gisements trop faibles pour rentabiliser ce genre d'équipement. Une simple méthanisation-compression permettrait là encore de trouver une équation économique. Techniquement, nous sommes prêts et notre premier pilote-démonstrateur sera mis en service avant la fin de l'année au Sénégal. Enfin, tout ceci est transposable vers d'autres populations du monde qui en auraient bien besoin, comme certaines régions d'Asie et d'Amérique Latine.


Source : www.latribune.fr - Olivier Barrellier/Cleantech Republic


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