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Les Etats-Unis ouvrent la porte à un retour de l'amiante

Le 10 août 2018


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De nouveaux produits manufacturés contenant de l'amiante, une substance aux propriétés cancérigènes très largement connues, pourraient bientôt faire leur apparition aux États-Unis. L'Agence de protection environnementale (EPA) vient en effet d'alléger son cadre d'évaluation des impacts de ce dangereux produit, cessant de se pencher sur les impacts liés à la présence d'amiante dans l'air, l'eau et le sol.




Le 1er juin, l'EPA a ainsi dévoilé une « nouvelle règle importante concernant l'utilisation » ou SNUR, qui permet la fabrication, au cas par cas, de nouveaux produits manufacturiers contenant de l'amiante.


Dans un volumineux rapport publié au mois de mai, l'EPA détaillait sa nouvelle approche d'évaluation, au moment où l'agence gouvernementale américaine devait procéder à l'évaluation périodique de centaines de substances toxiques, dont l'amiante.


À la fin de juillet, l'organisme de protection environnementale Healthy Building Network lançait déjà un signal d'alarme, en réaffirmant que si le consommateur moyen n'était que peu ou pas à risque de subir les effets nocifs de l'amiante, le produit demeurait particulièrement dangereux tout au long du processus d'extraction et de transformation, tant pour les mineurs qui extraient les gisements que pour les manutentionnaires qui déplacent des chargements dans des entrepôts.


Aux États-Unis, l'amiante, et plus spécifiquement le chrysotile, une forme d'amiante autrefois utilisée entre autres dans l'industrie de la construction, est aujourd'hui exclusivement employé par l'industrie chimique.


L'amiante y est utilisé pour produire du chlore qui entre ensuite dans la fabrication de différents plastiques, dont le PVC et le vinyle. Ces plastiques permettent ultimement de produire des tuyaux, des tuiles, des matériaux pour toiture ou pour planchers, des adhésifs et des finis, entre autres.


Des risques toujours présents


Malgré son cantonnement à un rôle d'agent de fabrication de chlore, l'amiante continue de tuer aux États-Unis. En avril, l'Asbestos Disease Awareness Organization (ADAO) publiait un communiqué dans lequel l'organisme sans but lucratif reprenait les conclusions des travaux du spécialiste Jukka Takala, président de l'International Commission of Occupational Health.


Selon M. Takala, l'amiante tue près de 40 000 personnes par année aux États-Unis, soit plus du double de la précédente estimation de 15 000 morts.


En tête de liste des causes de ces décès, on compte le cancer du poumon (34 000 morts), suivi du mésothéliome – une forme virulente de cancer pouvant affecter les poumons, l'abdomen ou le coeur – avec 3100 morts, des cancers des ovaires et du larynx, ainsi que l'amiantose chronique.


« Il est temps que les États-Unis agissent et reconnaissent la nécessité d'une interdiction », plaidait le Dr Takala en avril.


Peu de pays exportateurs


Le « retour » de l'amiante aux États-Unis pourrait avoir des conséquences politiques inattendues. À l'heure actuelle, en effet, le Brésil et la Russie sont les deux seuls pays fournisseurs de l'amiante destiné au marché américain.


Les entreprises américaines ont ainsi importé 300 tonnes d'amiante l'an dernier, soit un recul de 57 % comparativement à 2016, ou encore de 22 % par rapport à la quantité importée en 2015.


À la fin de décembre dernier, toutefois, la Cour suprême du Brésil a voté à 7 voix contre 2 pour interdire l'amiante chrysotile, y compris l'extraction, la transformation, la distribution et la mise en marché du produit.


Ce faisant, le Brésil, auparavant troisième producteur d'amiante de la planète derrière la Russie et la Chine, rejoint la soixantaine de pays de la planète qui ont déjà interdit l'amiante.


La Russie demeure donc le seul pays producteur qui exporte une partie de son amiante aux États-Unis. L'une des plus grandes compagnies productrices d'amiante, Ural Asbest, exploite une gigantesque mine à ciel ouvert dans l'Oural.


C'est là qu'est extrait le quart du chrysotile produit dans le monde. Et Ural Asbest, à la suite de la publication des nouvelles règles de l'EPA, a publié plusieurs photos sur sa page Facebook où il est possible d'apercevoir le visage du président américain Donald Trump, en plus de l'inscription « Approuvé par Donald Trump, 45e président des États-Unis ».


Un président proamiante


Aux États-Unis, le relâchement réglementaire pourrait par ailleurs être lié aux nombreuses déclarations passées de Donald Trump concernant l'amiante.


Dans son livre de 1997, The Art of the Comeback , le futur président affirme que l'amiante est « sécuritaire à 100 %, une fois installé ».


Dans le même livre, il dit « croire que le mouvement contre l'amiante est mené par la mafia, parce que ce sont souvent des entreprises mafieuses qui effectuent le nettoyage des endroits contaminés à l'amiante ».


En 2012, il a tweeté que le World Trade Center « n'aurait jamais brûlé » après les attentats du 11 Septembre si l'amiante n'avait pas été retiré des tours jumelles.


Source : ici.radio-canada.ca




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